Messieurs, voici vos quatre vérités !

Avec de telles réactions, certains pôles se sont polarisés et c’est parfois devenu les femmes d’un côté et les hommes de l’autre. Je suis pourtant convaincue que les solutions, la guérison et le pardon ne peuvent se trouver qu’ensemble.
— Magmoiselle

Je devais avoir 12 ou 13 ans quand j’ai remarqué pour les premières fois l’attention des hommes se porter vers moi. Que ça soit des klaxons dans la rue, des sifflements sur le trottoir, des propositions indécentes de parfaits inconnus, des frottements non consentis dans les transports publics, des approches menaçantes ou même des attouchements sexuels, j’ai été exposé très tôt à des comportements que je considérais jusqu’à très récemment encore, “normal”. J’ai été conditionné à une réalité bien triste en vivant dans une norme qui ne devrait pas en être une. Après l’affaire Weinstein*, l’engouement du #metoo* ou encore le hashtag #balancetonporc*, j’ai pris conscience d’une problématique bien plus présente que je ne le pensais. Ça a mis en lumière un sujet jusque là encore très tu et même tabou dans notre société. Ça a libéré la parole des femmes victimes d’agressions et de viols mais ça a également ouvert des débats et des discussions entre femmes, entre hommes et entre femmes et hommes. Dans ces discussions, plusieurs réactions ont émergé des uns et des autres: la compassion pour les victimes, la résilience de celles-ci, mais aussi, le déni, la dépréciation des faits, la généralisation, la colère et enfin l’accusation et la responsabilisation des victimes dans ce qui leur est arrivé. Avec de telles réactions, certains pôles se sont polarisés et c’est parfois devenu les femmes d’un côté et les hommes de l’autre. Je suis pourtant convaincue que les solutions, la guérison et le pardon ne peuvent se trouver qu’ensemble. J’ai donc eu, moi aussi, envie de participer à la discussion en apportant mon humble opinion sur le sujet et en m’adressant cette fois-ci aux hommes en leur exprimant quatre vérités que je crois bonne d’entendre ou de rappeler.

Ce sentiment de sécurité, je n’ai malheureusement pas su le retrouver lorsque j’ai été entouré d’autres hommes et je le regrette.
— Magmoiselle

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé être la petite soeur de deux grands frères. Toute mon enfance, je me suis sentie protégée et en sécurité lorsque j’étais avec eux. Ils ont toujours été pour moi des modèles et même si j’ai détesté mon grand frère cadet par moments, j’étais surtout en admiration la plupart du temps. Avec eux, je pouvais être pleinement la petite fille que j’étais et rien d’autre n'était attendu de moi. Ce sentiment de sécurité, je n’ai malheureusement pas su le retrouver lorsque j’ai été entouré d’autres hommes et je le regrette. Que ça soit suite à une agression pour avoir dit non à un garçon, lorsqu’un de mes « amis » pris avantage de moi ou quand je me suis retrouvée encerclée d’hommes ivres au milieu de nulle part, la vie m’a appris à me méfier et à être sur mes gardes. La petite fille a dû grandir très vite et l’émerveillement a fait place à de la méfiance envers les hommes.

Je crois pourtant toujours en (...). Un monde où les femmes ne devraient pas s’excuser de ne pas être intéressées par un homme et où la qualité d’un homme ne serait pas jugée sur le nombre de femmes qu’il aurait ramené dans son lit.
— Magmoiselle

Je crois pourtant toujours en un monde où hommes et femmes pourraient se respecter et s’honorer. Un monde où je pourrais à nouveau me sentir en sécurité et aimé lorsque je serais avec un homme et où il se sentirait valorisé par les femmes qui l’entourent. Un monde où je serais perçue comme un être avec des émotions, des rêves, des pensées et pas seulement comme un objet de désir. Un monde où les femmes ne seraient pas simplement un moyen d’atteindre un fantasme pornographique mais un individu valorisé et chéri. Un monde où les femmes ne devraient pas s’excuser de ne pas être intéressées par un homme et où la qualité d’un homme ne serait pas jugée sur le nombre de femmes qu’il aurait ramené dans son lit. Un monde où le corps d’une femme lui appartiendrait pleinement et où elle n’aurait pas besoin de dire qu’elle a un copain, un fiancé ou un mari pour qu’un homme ne se permette pas de la toucher de façon inappropriée. Un monde où le consentement de l’autre, son intégrité physique et émotionnelle, soient des choses recherchées et estimées, et où la différence de sexe ne serait pas vu comme une menace potentielle mais une plus-value pour la société. Un monde où on se complète et où on se rend meilleurs.

 Je me rends bien compte que le monde que je viens de décrire ne peut pas être vécu tant que certaines actions n’auront pas été faites et que nous n’aurions pas pris conscience de certaines réalités. 
— Magmoiselle

Mais la réalité c’est qu’en France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint et qu’une femme sur quatre a subi au moins une agression sexuelle dans sa vie. Que la mutilation génitale, les attaques à l’acide, la prostitution et mariages forcés, les discriminations comme le manque d'accès à l’éducation sont des pratiques courantes et toujours actuelles. Je me rends bien compte que le monde que je viens de décrire ne peut pas être vécu tant que certaines actions n'auront pas été faites et que nous n’aurions pas pris conscience de certaines réalités. Des réalités que je souhaite aujourd’hui rappeler. Messieurs, voici donc vos quatre vérités:

Vérité numéro 1: Vous êtes fait pour aimer et protéger.

L’amour n’est ni violent, ni contrôlant. Il laisse le choix et il considère l’autre. Une femme qui marche dans la rue ne vous doit pas une relation sexuelle. Une femme qui boit un verre avec vous, ne vous doit pas une relation sexuelle. Une femme qui change d’avis ne vous doit pas une relation sexuelle. Et une femme qui consent à une relation sexuelle, ne vous doit pas une relation sexuelle. N'essayez pas de prendre par force ce qui ne vous a pas été offert. Faites-nous rêver, faites-nous rire, mais surtout aimez-nous véritablement.

Vérité numéro 2: Vous êtes pleinement hommes. 

Messieurs, une femme qui vous dit non ne nie pas votre virilité, votre masculinité ou votre condition d’homme. Elle vous dit simplement, non. Et même lorsqu’elle n’est pas en état de dire quoi que ce soit, elle ne vous dit pas oui, c’est donc un non.
Soyez prêt à l'entendre et à le recevoir. Ne placez pas votre identité d’homme dans votre succès avec les femmes, il y a tellement d’autres moyens pour vous de vous sentir affirmer. Soyez confiant, soyez conscient de votre valeur, soyez hommes!

Vérité numéro 3: Vous êtes créatifs et sensibles.

Insister lourdement n’est pas une technique de drague, c’est du harcèlement. Crier des insultes salaces, n’est pas une technique de drague, c’est du harcèlement. Suivre quelqu’un dans la rue, n’est pas une technique de drague, c’est du harcèlement. Et harceler n’est pas une technique de drague, c’est du harcèlement. Oubliez ces fausses techniques de drague, vous pouvez faire tellement mieux! Soyez créatifs, soyez romantiques, soyez gentleman.

Vérité numéro 4: Vous êtes juste.

Messieurs, les producteurs de films pornographiques vous ont menti. Nous ne sommes pas un vagin sur pattes et la violence envers les femmes n’est pas sexy. Quand on sait que 97% des hommes consomment de la pornographie, que 40% de son contenu contient de la violence faites à l’encontre des femmes et que cette industrie est une des sources principales du travail sexuel forcé, il est légitime de remettre en question l’aspect « inoffensif » de ces programmes et de leur consommation. Être pour les femmes et contre le trafic humains, tout en regardant du porno, est simplement, un énorme non sens. Nous ne pouvons pas continuer à consommer l'objectivation tout en la dénonçant. Le porno est menteur, faites votre choix. Soyez juste, soyez cohérent, soyez classe.

Et toi quelles sont les 4 vérités que tu désires partager à ces messieurs? Fais le moi savoir dans les commentaires et n'hésites pas à partager l'article si tu penses qu'il est bon de rappeler certaines vérités. 

* L'affaire Weinstein s'est la mise en lumière des agressions sexuels jusqu'alors tu à Hollywood. Suite à ce scandal, beaucoup de femmes ont utilisé le #metoo et #balancetonporc sur les réseaux sociaux afin de libérer la parole des femmes.

 

 

 

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