Je suis sexiste

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Je me considère comme étant une fervente défenseuse de l’égalité entre les êtres humains, quels que soient leurs sexes, leurs religions, leurs cultures, leurs origines ou leurs orientations sexuelles. Je dénonce le racisme dans des articles comme “Moi moche et renoi” mais pas seulement ! Je parle également de la condition de la femme et des défis que nous rencontrons dans mes articles ou encore sur les réseaux sociaux, j’ai d’ailleurs récemment publié un article sur le féminisme. J’essaye de m’instruire et apprendre sur ces problématiques, je lis des articles et des livres, j’écoute des podcasts sur les questions de genres, de société et de cultures, et pourtant, j’ai récemment réalisé que moi aussi, j’étais sexiste!

Après le choc face à un tel constat, il m’a fallu confronter et reconnaître mes propres préjugés que j’avais à l’égard des hommes. J’ai pris soudainement conscience que certaines de mes conceptions sur les hommes, que je pensais jusqu’alors normales, étaient en fait, profondément fausses et injustes. Aujourd’hui j’ai envie de t’en parler pour que l’on repense ensemble au véritable sens d’une masculinité saine et bien vécue. Je suis consciente qu’en tant que femme, ce que je peux apporter à cette réflexion est certainement limité mais j’ai envie d’amener ma pierre à l’édifice (aussi minime soit-elle) et participer à cultiver une culture qui promeut une masculinité ET une féminité positive.

J’ai réalisé que, ultimement, ce que j’étais en train de dire, en disant qu’un homme de 25 ans ne peut pas être au même niveau de maturité qu’une femme de 25 ans, c’est que les hommes… eh bien, sont cons!
— Magmoiselle

J’ai pris conscience de mes préjugés sexistes, alors que je discutais avec une copine. Elle me confiait sa frustration face à l’immaturité des hommes. A cela, j’ai simplement répondu que c'était normal, que les hommes manquaient souvent de maturité et que c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’avais jamais envisagé être avec garçon plus jeune que moi mais que l’inverse était au contraire, quelque chose de plutôt recherché. Mais en raccrochant, j’ai réalisé que, ultimement, ce que j’étais en train de dire, en disant qu’un homme de 25 ans ne peut pas être au même niveau de maturité qu’une femme de 25 ans, c’est que les hommes… eh bien, sont cons! Et c’est comme ça que je me suis rendue compte que mon discours était en fait extrêmement généraliste, condescendant et réducteur à l’égard de la moitié de la population.

Boys won’t be boys. Boys will be what we teach them to be.
— Ben Hurst

Et parce que je sais que je ne suis pas la seule à penser comme cela, je me pose de sérieuses questions sur le standard que l’on établit pour les jeunes garçons en général et du mal que l’on dit d’eux quotidiennement. “Les garçons sont immatures, ils sont sales, ils sont bordéliques, ils sont agressifs, ils sont obsédés, etc., etc”. Et après réflexion, je crois profondément que cette immaturité à souvent été constatée, entre autre, parce qu’on ne cesse de le répéter, de le normaliser et de le lier à l’identité même des jeunes garçons. On dit d’ailleurs très souvent face à certains comportements inappropriés : ”Un homme reste un homme”. Mais comme le dit si bien l’activiste Ben Hurst; “Un homme ne reste pas un homme ! Il devient ce qu’on lui a appris à être.” Autrement dit, si l’on veut voir une société de femmes et d’hommes équilibrés, éduquons nos garçons et nos filles à être des personnes empathiques, sensibles, sensés et changeons nos discours à leur encontre. Il est temps de rectifier notre langage, nos attentes et nos standards destructeurs pour une perspective plus juste de la masculinité, une perspective d’une masculinité positive! Il est temps d’arrêter de mesurer la virilité d’un homme en fonction du nombre de femmes qu’il arrive à avoir dans son lit, ou par des principes encore plus primaire, comme la taille de sa bitte?! Parce que je crois qu’un homme c’est bien plus qu’un gros engin entre les jambes qu’il faudrait tremper à tout bout de champ! Je veux croire que la masculinité ne se définit pas uniquement dans son rapport à l’égard des femmes et tout aussi cruciale, je veux croire que la masculinité, c’est bien plus que quelque chose de toxique ou des hommes qui seraient en chaleur et à qui il faudrait répéter de ne pas (s’il vous plaît) nous violer.

Masculinité toxique vs Masculinité positive

C’est d’ailleurs grâce à la libération de la parole de la femme et des mouvements comme “Me too”, qu’on parle aujourd’hui de la problématique de la masculinité toxique. On en entend parler dans les médias ou encore sur les réseaux sociaux. C’est même devenu presque une mode et Gillette* ne s’en est pas privé pour au passage nous vendre des rasoirs qui sont soumis à la pink taxe (une hausse de prix discriminatoire sur les produits féminins) mais c’est un autre débat ici... Si moi aussi je dénonce la masculinité toxique, les abus ou encore la misogynie, je ne pense pas que la discussion doit s’arrêter là. Dans cette publicité Gillette comme dans le débat public, on ne cesse de montrer aux hommes ce qu’il ne faut pas faire sans promouvoir une masculinité saine ou aborder les raisons profondes de certains comportements néfastes. On ne parle pas des raisons ou de l’autre facette de cette masculinité toxique. On ne dit pas que les hommes sont 3 fois plus touchés par le suicide et les addictions que les femmes. On ne parle pas du mal-être ou de la difficulté de beaucoup à simplement exprimer leurs émotions ou même pleurer. On ne dit pas que notre société a failli dans sa représentation de la femme-objet et de l’homme sur humain. Je ne veux pas rentrer dans une comparaison d’échelle de souffrance avec la condition de la femme, mais simplement nous sensibiliser à différentes souffrances, réels et vécus par les hommes et les femmes. J’ai par exemple lu et entendu plusieurs témoignages d’hommes à qui on avait ri au nez après avoir été agressé sexuellement par des femmes. En Suisse, le viole d’un homme n’existe pénalement pas. Parce qu’on le sait, ce n’est pas possible de violer un homme! Un homme ne peut pas être une victime, il doit toujours être fort, courageux et être aux commandes en tout temps. Un homme est toujours consentant, n’est ce pas?! Il a toujours envie de baiser, non?! Et c’est comme ça que j’ai réalisé avec effroi que les hommes souffrent également de la définition de son rôle par le patriarcat.

Qu’on se le dise, ceci n’est absolument pas un plaidoyer d’excuses pour les hommes qui se comportent comme des porcs (si c’est ton cas, merci de cesser d’être un porc). Mais tant que ces sujets ne seront pas abordés, je crois qu’il sera difficile de construire des rapports d’égalité et de respect entre hommes et femmes. A mon tour je ne veux pas uniquement dénoncer la masculinité toxique, je veux également promouvoir une masculinité positive. Une masculinité où l’on est autorisé à pleurer ou avoir peur. Une masculinité que l’on n’a pas besoin de prouver, qui est affirmée, établie et pas remise en question par des actions, des préférences de couleurs ou encore, par la voiture que l’on conduit. Une masculinité qui ne serait pas source de pression perpétrée par les hommes et les femmes mais qui renforcerait l’identité de chacun.

Au petit gars qui serait en train de me lire, merci ! Saches que tu es vu, entendu et que ta masculinité est valorisée. Peu importe que tu n’aies pas la stature de Stallone, peu importe que tu sois vierge, fortuné, leader dans l’âme ou pas, tu es pleinement homme.

Et à la nana qui serait en train de me lire, merci ! Nous avons un rôle à jouer, soyons supportrices de la masculinité positive, partageons et parlons-en.

Filles comme gars, je suis curieuse de savoir ce que tu en penses; d’accord, pas d’accord dis-moi tout dans les commentaires !!

*Pub Gillette: Gillette a récemment créé l’émoi avec un spot publicitaire faisant référence au mouvement me too et dénonçant la masculinité toxique. Si tu l’as loupé parce que tu vis dans une grotte, c’est pas grave voila le lien de la pub :,)

*Me too est un mouvement qui s'est largement diffusé sur les réseaux sociaux en octobre 2017 pour dénoncer l'agression sexuelle et le harcèlement, plus particulièrement dans le milieu professionnel, à la suite d'accusations de cette nature portées contre le producteur américain Harvey Weinstein. (Wikipédia)