Féministe mais…

Féministe mais…

C’est devenu presque une insulte, le nouveau “F word” à la mode, j’ai nommé le féminisme. On stéréotype souvent la féministe comme une femme en colère contre les hommes qui crierait à l'oppression, les seins nus dans la rue. Et bien que cette image soit quelque peu exagérée, c’est devenu, pour beaucoup de femmes et d’hommes, difficile de se considérer appartenir à ce groupe lorsqu’il est très largement associé à cette image. Alors on prend des pincettes et on évite les débats lors des réunions de famille. Mais aujourd’hui je suis venue en parler et écrire noir sur blanc ce que je pense de tout ça...

Le féminisme est nécessaire !

Quand j’entends certains propos sur les réseaux sociaux, certains faits divers dans les médias et les statistiques autours de moi, je réalise que, plus que jamais, il nous faut encore nous battre pour les droits des femmes. Pas plus tard que la semaine passée, je lisais un article racontant comment un homme a décidé de tirer à bout portant sur des conductrices pour la seule et unique raison qu’il estimait que les femmes ne devraient pas conduire. Récemment, cinq jeunes femmes ont été tabassées dans la rue sans raison et se sont retrouvées à l'hôpital dans un état critique. Plus choquant encore, le système ne semble pas réprimer systématiquement ces actes violents à l’encontre des femmes. En début d’année, une femme s’est vu refuser une indemnisation complète après avoir été défenestré par son compagnon du deuxième étage de leur appartement. La raison? Le fond d'indemnisation estime que la victime, aujourd’hui paraplégique, est en partie coupable d’être rentrée chez elle ce soir-là. On parle souvent de pays où les femmes sont opprimées mais tous les événements cités plus haut se sont déroulés dans des pays dit “libres” en Suisse et aux Etats-Unis. Que l’on vive en Arabi Saoudite ou en France, nous avons toutes, à un moment ou un autre, eu peur pour notre intégrité physique, émotionnelle et/ou psychologique. Les violences domestiques, les agressions sexuelles, la discrimination à l’embauche, les inégalités salariales, les mutilations génitales, la misogynie, l’accès réduit à l’éducation, l'objectivation et l’hyper sexualisation des femmes, sont les quelques raisons pour lesquelles oui, je me considère féministe !
Pourtant et paradoxalement, je me sens parfois en opposition avec la plupart des mouvements féministes aujourd’hui. Je suis donc ce que j'appelle une “féministe mais...” et voici quelques éléments du pourquoi…

Je suis féministe mais féminine.

Pour s’émanciper des standards de beauté qui nous sont imposés par une société patriarcale, beaucoup de femmes décident de renoncer au maquillage, à l’épilation et/ou au port de robes. Je comprends ce combat et j’ai d’ailleurs moi aussi décidé de dénoncer ces standards biaisés mais avec des armes différentes. Je crois que notre beauté fait partie de notre force et de notre identité de femmes. Je porte des robes comme des leggings de sport parce que je crois que je peux incarner autant la grâce que la force et être une princesse comme être une “badass” qui soulève de la fonte. Je ne me maquille pas pour correspondre à un idéal de beauté mais pour magnifier, sublimer et poétiser une beauté déjà présente et inhérente à ma personne. Je ne m’apprête pas pour les hommes. Non, ce petit moment dans la salle de bain n’a rien à voir avec monsieur X ou Y, c’est simplement un moment que je prends pour moi. Mon féminisme c’est aussi croire profondément que la femme mérite d’être chérie et ça commence d’abord par soi. Aussi paradoxale que cela peut sonner, mon maquillage est entre autre, un acte militant.

Je suis féministe mais pro gentlemen.


Je suis une féministe qui dénonce les inégalités hommes-femmes mais qui aime, soutien et honore les hommes dans leur identité d’hommes et dans leurs différences. Je suis une féministe qui croit qu’hommes et femmes sont égaux bien que différents.  Je n’ai pas de problème à dire qu’un homme est différent d’une femme. C’est d’ailleurs la première chose que l’on constate lorsque l’on naît. Il y a des différences physiques qui sont bénéfiques pour tous de reconnaître. Être pleinement femme, c’est accepter que l’autre soit pleinement homme. Reconnaître que l’on va avoir des approches différentes ne veut pas dire que l’on considère une approche meilleure qu’une autre. Le véritable féminisme selon moi, ce n’est pas l’émasculation des hommes mais c’est donner plus de sens à leur masculinité.

Je suis une féministe qui défend que les capacités intellectuelles, émotionnelles et physiques des femmes mais qui sait apprécier lorsqu’un homme veut se montrer gentleman et m’ouvre la porte. Je pense que c’est important de ne pas considérer tous les faits et gestes des hommes comme étant une menace ou une insulte à la condition de la femme ou le résultat d’une société patriarcale et dépassée. Un homme qui nous ouvre la porte, n’est pas forcément un misogyne insensible aux inégalités que l’on confronte en tant que femmes. Cessons de nous faire des ennemis là où il n’y en a pas et unisson nous pour lutter ensemble contre de véritables problématiques. Aujourd’hui 1 femme sur 4 a été agressée dans sa vie, il y a des sujets qui méritent bien plus notre attention qu’une porte ouverte ou fermée. Je suis une féministe qui désire encourager les femmes autour de moi et qui désire encourager les hommes également. Je crois dans le vivre ensemble où chacun peut être meilleur et que le véritable changement ne se fera que dans l’unité des sexes et non dans la guerre de ceux-ci.

Je suis féministe mais pro-vie.


Je suis une féministe qui pense que la femme devrait pouvoir avoir le choix de disposer de son corps comme elle l’entend mais pas au détriment d’une autre vie. L’avortement est une procédure d’une extrême violence envers non seulement le bébé mais aussi le corps de la femme. Je ne crois pas qu’une démarche avec autant de conséquences néfastes sur la santé physique et psychologique des femmes soit une réelle émancipation pour celle-ci. La véritable liberté selon moi, c’est de réaliser à quel point la vie est un cadeau et d’en jouir pleinement. L’avortement est un pansement sur une jambe amputé. J’ai l'impression qu’il y a une dizaine de problématiques auxquelles il faudrait répondre au préalable et que l’on élude dans les débats concernant l’IVG aujourd’hui.

Aujourd’hui la plupart des avortements se font pour des questions financières. Être pour les femmes, c’est aussi trouver des solutions contre la précarité qui les pousse à faire ce choix difficile plutôt que de les allonger sur le billard. Être pour les femmes, c’est informer des dangers d’un tel choix plutôt que de vouloir le banaliser à tout prix tout en offrant un espace et un soutien psychologique à celles qui ont fait ce choix qui n’est jamais facile. Être pour les femmes, c’est considérer l’autre alors que l’on se bat pour être considéré et donner à un enfant sa chance. La valeur de quelqu’un et son droit à la vie ne se base pas sur l’absence ou l’intégrité de ses parents, sa condition de santé, ou sur le fait qu’il ait été désiré ou non. Je ne pense pas que nous soyons en position de  juger si une vie vaut la peine d’être vécue ou non. J’ai moi-même une condition incurable qui me limite au quotidien et je suis reconnaissante que personne n’est pris la liberté de juger de ma qualité de vie pour moi. J’aime la vie et c’est le cas de tant de personnes avec un handicap ou pas. En tant que féministes, nous devrions être sensibles à tous types d’injustices et se battre en fonction. En tant que féministe, il est temps de se positionner pour les droits de toutes petites FILLES et garçons avorté(e)s également.


Ceci n’est absolument pas un jugement à l’encontre des femmes qui ont fait ce choix, j’en connais d’ailleurs personnellement… Ces femmes sont pour la plupart des modèles de bravoures et de forces. J’ai envie ici plutôt d’ouvrir la conversation sur un sujet tabou, que l’on puisse s’encourager les unes les autres à être la meilleure version de nous-même et apprendre des expériences et des réflexions de chacune.

Et toi, est-ce que tu te considères féministe? Est-ce que tu as également ta liste de “mais”? Partages-les-moi en commentaires!