Moi, moche et renoi !

IMG_3564.JPG
Aujourd’hui, nous pouvons poser un drapeau sur la lune mais lorsque, étant née en Suisse et ayant vécu la majeure partie de ma vie dans ce pays, je montre mon passeport, beaucoup trouvent à argumenter.
— Magmoiselle

Aujourd’hui, j’ai versé une petite larme suite à des propos racistes qui ont été dis à mon encontre. Nous sommes en 2018 et ce n’est pour moi, ni nouveau, ni surprenant. A vrai dire, ce n’est pas tant les propos qui m’ont choqué mais leur impact, ma réaction à ceux-ci. J’ignorais à quel point le racisme, malgré que son existence soit une réalité ancrée pour moi, pouvait encore, à ce point, me toucher. J’ai banalisé une forme d’injustice et de cruauté à mon égard et à celui de toutes ses victimes, sous prétexte qu’elle soit commune. Mais alors que je constatais la violence de certains propos, j’ai réalisé que le racisme n’était pas seulement offensant, mais qu’il  reniait les droits les plus fondamentaux de l’Homme, comme l’identité et l’appartenance jusqu’à l’humanité même d’une personne. Aujourd’hui, nous pouvons poser un drapeau sur la lune mais lorsque, étant née en Suisse et ayant vécu la majeure partie de ma vie dans ce pays, je montre mon passeport, beaucoup trouvent à argumenter. Mon but, n’est pas de faire de la politique ou d’exposer les enjeux économiques et migratoires. J’ai juste envie de vous parler de mon histoire.

Je me suis longtemps alors considérée comme une sorte d’apatride. J’avais beau avoir deux passeports, j’ai longtemps eu la sensation de n’avoir eu que 50% des deux nationalités et une identité divisée, brisée et conflictuelle.
— Magmoiselle

Issue de deux parents Rwandais, je suis née et j’ai grandi en Suisse. Je devais avoir 5 ans quand j’ai compris pour la première fois que ma couleur de peau était une différence qui ne serait pas appréciée par tous. Alors que j’étais dans les toilettes, j’ai entendu une des petites filles de ma classe dire à ma meilleure amie de l’époque que les petites filles noires comme moi sont moches et qu’elle ne sera jamais mon amie. A 5 ans, j’avais intégré que ma couleur de peau était une cause de rejet, de moquerie, de mauvaise estime de soi et d’humiliation. Avec les années, la liste de qualificatifs directement liée mes origines s’est élargie. Je n’étais pas seulement noir et moche, j’étais également sale, bonne à rien, délinquante et j’en passe. Mais la cruauté ne s’arrête malheureusement pas en même temps que l’enfance. Encore enfant, j’ai plusieurs fois été insulté dans la rue, cette fois par des adultes. On m’a même une fois jeté des détritus dessus, je n’avais que 8 ans. Et puis, on m’a aussi demandé de retourner dans un pays que je connaissais finalement peu, celui de mes parents, quand toutes mes racines et mes références étaient en Suisse. Et c’est lorsque j’ai visité cedit pays que j’ai vite compris que si j’étais trop noire pour être une vraie Suisse, je ne l’étais pas assez pour être une vraie Africaine. Une vraie bounty comme on dit, noire à l’extérieur, blanche à l’intérieur. Si je parle Kinyarwanda au Rwanda, mon accent est trop Suisse, quand je rentre dans un magasin en Suisse, ma couleur ne l’est pas assez. Je me suis longtemps alors considérée comme une sorte d’apatride. J’avais beau avoir deux passeports, j’ai longtemps eu la sensation de n’avoir eu que 50% des deux nationalités et une identité divisée, brisée et conflictuelle. J’ai réalisé qu’aussi évidente mon appartenance à la Suisse puisse paraître, pour beaucoup, je ferai toujours partie « de l’autre, l’étranger, l’envahisseur, le danger ». J’ai beau être dans la même classe que d’autres Suisses, faire les mêmes sports, fréquenter les mêmes lieux, pour beaucoup, je ne serais jamais autant Suisse que celui ou celle qui est un peu moins bronzé(e) que moi. Et peu importe que la raclette et le chocolat me manquent lorsque je suis à l’étranger, on me demandera toujours: « Et sinon tu viens d’où en vrai ?? »

Que cela n’en déplaise aux racistes et autres xénophobes, vos opinions ne déterminent pas mon identité et ma valeur humaine.
— Magmoiselle

Je ne renie pas mes origines Rwandaises, j’en suis en fait très fière mais je revendique le droit de choisir de me construire autour de toutes les valeurs que je crois bonnes pour moi, Suisses comme Rwandaises, sans que l’on porte atteinte à ma dignité. Je revendique une liberté de choix qui ne se fait pas par défaut mais par conviction. Que cela n’en déplaise aux racistes et autres xénophobes, vos opinions ne déterminent pas mon identité et ma valeur humaine. J’ai le droit d’appartenir à mes nations pleinement au même titre que vous. Au même titre que vous ça veut dire que je n’ai rien à prouver, que je n’ai pas besoin de savoir grimper 4 étages à mains nues comme Mamadou Gassama* pour mériter la considération de qui que ça soit et que je n’ai pas besoin d’incarner le fantasme Wakanda* pour assumer pleinement mes racines. J’ai le droit d’être simplement moi, de me tromper, d’échouer même, sans me soucier de l’image que je donne à tous ceux qui me ressemblent.

Pour ma part, la petite fille moche est maintenant devenue une femme noire, fière, belle et forte.
— Magmoiselle

Moi, moche et renoi, c’est le titre que j’ai donné à mon article et l’étiquette qui m’a été collée dessus lorsque je n’avais que 5 ans. Je ne connais pas les tiennes et ce qui a été dis à ton sujet. Une chose est sûre, aussi blessantes qu’elles puissent être, tu n’as pas à les accepter. Il y a une histoire qui n’attendent que d’être écrite et la plume est entre tes mains. Pour ma part, la petite fille moche est maintenant devenue une femme noire, fière, belle et forte!  

* Mamadou Gassama est un jeune Malien de 22 ans qui a fait la une pour avoir sauvé un enfant suspendu au quatrième étage. Par ce geste héroïque, le jeune jusqu’alors sans papiers, a pu être régularisé avec à la clé, la promesse de se voir naturalisé français.

*Wakanda Le royaume du Wakanda est un pays africain fictif appartenant à l'univers des films Marvel. Wakanda étant représenté comme étant le rêve Africain de la situation africaine sans la colonisation, l’esclavagisme et le pillage des ressources.   

 

 

 

Magmoiselle7 Comments