ET SI JE MONTRAIS MES FESSES SUR INSTAGRAM?!

 Picture credit: Marco Melgrati

Picture credit: Marco Melgrati

Et si je montrais mes fesses sur Instagram?!

“Les nudes sont devenues l'autoroute du succès, la formule magique qui donne visibilité, popularité et audience.”

Que ça soit à la une des journaux, sur les réseaux sociaux ou affichés sur des panneaux publicitaires, nous sommes constamment exposés à la nudité. Le sexe fait vendre et tout est prétexte à l’hypersexualisation, la politique, le divertissement et même les pubs pour le fromage. C’est vrai lorsque nous cherchons à vendre un produit mais aussi lorsque nous aspirons à une certaine visibilité et influence. Dans un monde où Kim Kardashian et Kylie Jenner font partie du top 10 des comptes Instagram les plus suivies, la pertinence des publications n’est pas ce qui fait foi sur internet. Loin de moi l’idée de dénigrer ces femmes. Elles incarnent fidèlement la réalité dans laquelle nous vivons. Qu’on se le dise, de manière générale, une photo d’une femme en sous-vêtements aura plus de likes qu’une photo de cette même femme habillée. Les nudes sont devenues l'autoroute du succès, la formule magique qui donne visibilité, popularité et audience.

Face à ce constat, une réflexion s’impose. Quelle portée l’exposition de ce qui était jusqu’à présent considéré comme notre intimité à sur notre environnement ? Et à qui profite sa banalisation ? En bref, pourquoi ne montrerais-je pas mes fesses sur Instagram ?!

“Les réseaux sociaux sont devenus un sol fertile sur lequel comparaison et manque d’estime fleurissent et je ne tiens pas à participer à cette propagande digitale.

Ma sexualité et mon corps sont les choses les plus personnelles qui soient en ma possession. Ils m’ont été donnés, je vis avec tous les jours et font partie des choses les plus précieuses que je puisse décider d’offrir. À l’ère où toutes mes informations personnelles sont vendues au plus offrant par Facebook* et tant d’autres, posséder une sphère d’intimité est devenu quelque chose de rare et précieux qu’il nous faut chérir. S’exposer sur internet est loin d’être quelque chose d’anodin pour la personne qui publie mais aussi pour les personnes exposées à ces publications. Les réseaux sociaux sont devenus un sol fertile sur lequel comparaison et manque d’estime fleurissent et je ne tiens pas à participer à cette propagande digitale. Nous pouvons choisir de nous servir des réseaux sociaux avec pertinence dans le but de partager et d’inspirer. Il ne s’agit plus de dépeindre une réalité altérée et sexualisée mais de croire en la croissance de mon audience pour mes idées et pas pour mes fesses (et cela, même si mes gènes africains jouent clairement en ma faveur;)).

“Sexualiser notre message, c’est sous entendre que notre voix et nos opinions n’ont pas la même valeur que celles des hommes. Ce genre d’initiative n’est pas une revendication d’une sexualité libre, c’est l’expression d’une inégalité criante.”

La nude mania n’est pas seulement un moyen d’acquérir de la popularité. Il est devenu un outil d’activistes politiques. Aujourd’hui sous couvert d’un féminisme surprenant, des femmes revendiquent leurs droits, leur liberté et leur corps en se mettant à nu. Si le message est partagé par la plupart des êtres bien-pensants, la méthode, elle, peut laisser perplexe. On ne peut que regretter qu’un mouvement qui lutte pour l’égalité des genres et contre l’objectification des femmes participe à sa propre objectification pour se faire entendre et comprendre. J’ai récemment été choquée de la tournure d’une votation en Italie après qu’une mannequin ait promis une fellation à tous les hommes qui voteraient contre un projet de loi anti féministe. Si on peut se réjouir de l’implication des femmes en politique, on peut également constater que l’argumentation ici est très faible. Ce fait divers, envoie un message fort : Si nous femmes, voulons se faire entendre et convaincre, nous n’avons d’autres choix que d’utiliser notre corps et notre sexualité. Sexualiser notre message, c’est sous-entendre que notre voix et nos opinions n’ont pas la même valeur que celles d’un homme. Ce genre d’initiative n’est pas une revendication d’une sexualitée libre, c’est l’expression d’une inégalité criante.

Mais nous vivons pourtant dans une société libre me direz-vous. Mais évoluer dans un environnement qui nous pousse à l’insécurité et au complexe puis nous valide et nous affirme lorsque nous défilons en maillot bain, c’est vivre une liberté que j’appelle orientée ou même schizophrène. Nous sommes libres de nos choix, mais jugés sur la base de ceux-ci et consciemment ou inconsciemment, tout nous pousse à choisir d’une certaine manière. La véritable liberté selon moi, ce n’est pas uniquement avoir le choix de se dévêtir ou non mais c’est surtout d’être reconnu pour qui je suis dans mes différences et ma complexité. En engageant des discussions sur des problématiques que rencontrent les femmes sans jamais aborder les racines de celles-ci, nous avons revendiqué des droits pour notre sexualité et notre corps comme s’il s’agissait d’entités séparées de notre personne alors que ce sont des choses extrêmement liées à notre identité. Je ne suis pas qu’un corps.

C’est simple, je souhaite vivre dans une société qui ne se permet pas de me dire si mon décolleté est trop plongeant ou pas assez, si mes seins sont trop grands ou trop petits, mais aussi où je n’ai pas besoin de les montrer pour que l’on me regarde, que l’on m’écoute et que l’on me considère. Une société qui ne parlerait pas tant de la longueur de ma jupe mais plus de ce qui fait qui je suis. Il est temps de rediriger la discussion et de parler de notre sentiment d’appartenance, de notre valeur et tant d’autres choses encore qui méritent d’être abordées en 2018.
 

Donc non, je ne souhaite pas montrer mes fesses sur Instragram, je souhaite me montrer tel que je suis dans ma complexité, ma beauté, mes forces et mes faiblesses. C’est ça pour moi le véritable succès, pouvoir être soi, pleinement et simplement. Et toi que choisis tu de montrer ?

 

*Facebook est actuellement dans la tourmente d’un énorme scandale concernant la diffusion des données personnelles de ses utilisateurs sans leur permission. C’est ainsi que les données de 87 millions de personnes ont été récupérées par Cambridge Analytica et ont été utilisées à des fins commerciales et politiques, notamment lors de la campagne de Donald Trump.

 

 

 

Magmoiselle4 Comments