Sourires, bonheur et autres mensonges (mon histoire)

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Alors que je fais défiler mon feed Instagram ce matin, je tombe sur ce slogan: “Cut down the size of women dresses and extend the size of their smiles.” (Réduisez la taille de vêtements des femmes, élargissez la taille de leur sourire.) Ca y’est! Il est 8h du matin et je suis déjà en colère. En colère contre un système qui voudrait nous faire croire que le bonheur se mesure en taille de sous-vêtements et autres standards aléatoires établis par et pour eux. J’y ai moi-même longtemps cru et ceci est mon histoire.

«Nous détester aujourd'hui à cause de notre poids, c’est nous détester demain peu importe celui-ci.»

Pendant 10 ans, j’ai joué au basket presque tous les jours, en club. J’étais fit mais me détestais pourtant profondément en laissant pendant trop longtemps le nombre qui s’affichait sur ma balance définir ma valeur. Mais j’ai alors réalisé que me détester aujourd'hui à cause de mon poids, c’est me détester demain peu importe celui-ci. Que l’on s’entende, je ne promeus pas un style de vie dangereux pour notre santé physique, j’ai envie d’ouvrir la discussion sur quelque chose de tout aussi important, la santé de l’âme, celle de notre coeur.

«Ça fait 5 ans que je me sens prisonnière de ma propre douleur sans qu’aucune échappatoire ne se présente devant moi. […] Non seulement mon corps me faisait souffrir mais j’avais de la peine à reconnaître la personne que je voyais dans le miroir.»

J’ai été diagnostiquée, il y a 5 ans, d’une condition qui détruit et affecte mon sang, ma peau, mes articulations, mes poumons, mon coeur, mes cordes vocales, et mon système nerveux. En plus de mon traitement à l'hôpital, j’ai environ 19 pilules et une injection à prendre chaque jour. La maladie dont je souffre cause des symptômes que l’on traite par médication mais qui, à son tour, provoque des effets secondaire et autres conditions pour lesquelles je dois être traitée également. En bref, ça fait 5 ans que je me sens prisonnière de ma propre douleur sans qu’aucune échappatoire ne se présente devant moi. Je suis reconnaissante de mon traitement, sans lui, mon espérance de vie aurait été de 5 ou 6 ans, mais entre la maladie, les symptômes et les effets secondaires, j’ai parfois l’impression que ce qui me permet de ne pas mourir, me tue en fait, lentement. Suite à ce traitement, j’ai perdu ma force, mon endurance et j’ai pris beaucoup de poids. Non seulement mon corps me fait souffrir, mais j’ai aussi parfois de la peine à reconnaître la personne que je vois dans le miroir.

«Mais comme vous êtes belle, mademoiselle!»

J’ai donc fait, ces 5 dernières années, plusieurs séjours plus ou moins longs à l'hôpital. Lors d’une de mes plus grosses rechutes, une aide-soignante m’a lancé: “Mais comme vous êtes belle mademoiselle!” Et c’est à ce moment que tout a commencé. Je n’arrivais pas à la croire ! Je portais une robe d'hôpital fendue à l'arrière, je n’étais ni maquillée, ni coiffée et ça faisait 3 jours que je n’avais pas pris de douche. J’ai été extrêmement gênée et j’ai réalisé à quel point je manquais de confiance en moi lorsqu’il s'agissait des effets de la maladie sur ma personne. J’étais complexée par mon visage gonflé à cause des médicaments, par mon tube médical dans le nez ou par mes hématomes sur tout le corps. J’évitais de prendre des photos avec mes amis et fuyais du regard les gens dès que je sortais de ma chambre d'hôpital. J’ai moi aussi cru que ma beauté était conditionnelle à des standards arbitraires et imposés.

J’ai donc demandé à l’un de mes médecins lors d’une visite médicale, quel serait mon poids idéal. Elle m’a répondu: “ Il n’y a pas de poids idéal. Tu as un traitement lourd et tu es très limitée physiquement. Chacun et chaque corps est différent.” J’ai pris conscience à ce moment que mon corps idéal n’a jamais été un corps hollywoodien mais un corps qui se bat et qui raconte une histoire de foi, d’espérance et de force en toutes circonstances. Un corps qui est complètement mien et qui raconte MON histoire et pas celle de qui que ce soit d’autre.

Les filles, il est temps d’accepter nos cicatrices, nos hématomes, notre amour pour le chocolat, nos vergetures et même nos tubes médicaux. Ils racontent de merveilleuses histoires sur qui nous sommes. Pour notre bien, il nous faut redéfinir ce qu’est la véritable beauté, rire et pleurer en authenticité. Il n’a jamais s’agit de rabaisser ou mettre les gens sous pression au nom du diktat de la beauté.

«J’ai fait endurer à mon corps le pire en lui reprochant de ne pas être meilleur.»

J’ai pendant longtemps essayé de combattre mon corps, combattre ses symptômes et ses douleurs. De toute ma force, je me suis traînée en douleur au-delà de mes capacités. J’ai fait endurer à mon corps le pire en lui reprochant de ne pas être meilleur. J’ai refusé d’accepter mes besoins et mes limites ou alors je les ai accueillis avec honte et culpabilité jusqu'à ce que je réalise que mon corps n’est pas mon ennemi mais mon partenaire dans cette bataille, un véritable héros.

Je ne vis pas dans un corps qui n’est pas assez x ou y mais dans un corps qui se bat tous les jours. Je suis vivante, toujours là et cela malgré les lourds traitements de 8 heures, le diagnostic, les mauvais pronostiques, les chutes de cheveux, les allers retours à l'hôpital, la fatigue chronique, la douleur, les pleurs et les peurs. Ma vie n’est pas facile, mais elle est belle et en vaut la peine. La douleur à exposer la résilience, le deuil a révélé l’empathie et la maladie a initié une quête identitaire. Ce que je considérais comme une prison de souffrance et de perte s’est avéré être l’origine d’une compréhension renouvelée d’une liberté véritable. Une liberté qui me permet de me tromper et d’essayer à nouveau. Une liberté qui m’affirme dans ma beauté et celle de ceux qui m’entoure. Une liberté qui bouleverse et qui ne s’explique pas. Parfois elle m’embrouille et d’autres fois elle donne du sens à tout ce que je vis. Et, au milieu de ce chaos, bien loin de la parfaite vie Instagram, ma beauté, je la vois et je la vis.

Je ne pense pas que tout ce qui me concerne soit beau et c’est ok. Pour dire vrai, la maladie est moche en bien des aspects. Mais la véritable beauté n’a rien à voir avec la perfection. La beauté ce n’est pas le nouveau fond de teint Fenty de Rihanna (bien qu’entre nous, il soit incroyable ;)) ou encore les retouches Photoshop de nos chers magazines, c’est la capacité de voir au-delà des imperfections. C’est être vulnérable et authentique. La véritable beauté, c’est être pleinement vue, pleinement reconnue, inconditionnellement aimée par l’Auteur de la vie et savoir qu’Il n’a pas fait une seule erreur lorsqu’il nous a créée. Malgré ce qu’on peut essayer nous imposer, j’ai choisi de porter mon sourire aujourd’hui et c’est la plus belle chose que je puisse porter. Et toi qu'est ce que tu choisis de porter aujourd'hui?

 

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Magmoiselle10 Comments