Nous ne sommes pas belles

 Photo credit: Manu Camargo

Photo credit: Manu Camargo

J’ai fait mes recherches, je me suis renseignée et j’ai réfléchi pour arriver à la surprenante conclusion que nous ne sommes pas belles. Ou devrais-je dire nous ne sommes pas seulement belles.

“Sous prétexte qu’une personne est grosse, maigre, différente, petite, grande,... elle n’aurait plus le droit au respect et à la dignité.”

J’ai été longtemps indignée (et je le suis toujours) par la presse people et les réseaux sociaux qui sans scrupules, moquent certaines célébrités pour leur prise de poids, commentent durement leur corps et se permettent d’établir des jugements de valeur. C’est ce qui s’appelle le «body-shaming». Une pratique extrêmement superficielle qui consiste à juger une personne sur la base de son physique, allant jusqu’à la déshumaniser si celle- ci ne correspond pas à certains critères. Sous prétexte qu’une personne est grosse, maigre, différente, petite, grande,... elle n’aurait plus le droit au respect et à la dignité. C’est entre autres par ce biais que je me suis intéressée au mouvement « body positivity ». Un mouvement qui prône l’acceptation et la représentation de tous les types de corps. Pour faire simple, c’est penser que tous les corps sont beaux et œuvrer à ce que les mentalités vis-à-vis de nos corps changent.

“Nos corps ne sont pas des trophées à montrer sur la plage, ils sont les machines qui nous permettent de courir la course. Ils ne sont pas seulement beaux, ils sont efficients.”

De par mon histoire, j’ai tout de suite résonné avec le message positif du “body positive” movement et j’ai donc cherché à affirmer ma beauté et ma valeur en tant que femme par ce biais mais ça a été un échec. J’ai pendant longtemps été mal dans ma peau. Aller à la piscine était un cauchemar pour moi et être en maillot de bain n’est toujours pas la chose la plus facile à faire mais aujourd’hui mon état d’esprit a changé. Lorsque je suis tombée gravement malade, je n’ai plus pu prendre de douches seule. Les infirmières devaient m’aider à me déplacer jusqu’à la salle de bain pour ensuite me laver. A ce moment là, j’ai pensé à beaucoup de choses mais ce à quoi je ressemblais n’était pas l’une d’elles. Nos corps ne sont pas des trophées à montrer sur la plage, ils sont les machines qui nous permettent de courir la course. Ils ne sont pas seulement beaux, ils sont efficients. Ils marchent, courent, nagent, se lèvent, se couchent. Ce sont également nos corps qui enlacent ceux que nous aimons, portent nos enfants, font l’amour à nos maris ou femmes. Ce sont eux qui nous font apprécier le chocolat, se battent lorsque nous sommes malades, pleurent lorsque nous sommes tristes et rigolent lorsque nous en avons besoin. Mon corps n’a pas été créé pour être le corps de l’été et mon tube dans le nez n’est pas un tube de plongée. :,) Mais ça m’importe peu parce qu’ aussi incroyable qu’il soit, j’ai refusé que mon corps dicte qui je suis ou ce que je peux faire. Il est simplement mon partenaire, celui qui m’accompagnera tout au long de ma vie.
 

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“En tant que femme, je n’ai pas seulement souffert de comment la beauté a été définie par la société, mais aussi par le fait d’être définis uniquement ou principalement par la beauté.”

Aussi opposé que le body shaming et le body positive puissent paraître, ils ont un point commun: l’apparence du corps au centre de toutes les préoccupations. L’un moque les défauts, l’autre dit que tout est beau. En tant que femme, je n’ai pas seulement souffert de comment la beauté a été définie par la société mais aussi par le fait d’être définis uniquement ou principalement par la beauté. J’ai autant souffert d’une représentation photoshopée et tronquée de la beauté que de sa sacralisation. La beauté semble être devenue pour tous un objectif de vie indiscutable, un moyen pour être estimée et valorisée par ceux qui nous entourent. C’est une chose de dire que peu importe à quoi l’on ressemble, nous sommes belles et donc nous avons de la valeur. C’en est une autre de dire, peu importe à quoi l’on ressemble, nous avons de la valeur en tant personne, nous sommes belles. Dans une société où 97% d’hommes et 83% de femmes reconnaissent avoir consommé de la pornographie* et où l’objectivation (des femmes principalement) est au coeur de toutes les bonnes stratégies marketing, il est difficile de ne pas, à notre tours, faire de nos corps l’élément principal qui nous définit, que ça soit positivement ou négativement. Je ne crois pas que nous sommes simplement des corps qui expérimentent spiritualité et émotions mais une âme, un esprit avec une expérience physique.  

“Les filles, sachez-le, écrivez-le, criez-le, postez -le, nous sommes belles mais nous sommes tellement plus encore.”

Alors non, nous ne sommes pas seulement belles. Nous sommes tellement plus. Nous sommes intelligentes, drôles, passionnées, généreuses et j’en passe. Au travers de mon blog, je n’ai pas seulement envie de célébrer tous les types de corps, j’ai envie de valoriser et célébrer tous les types de personnes. Les filles, sachez-le, écrivez-le, criez-le, postez-le, nous sommes belles mais nous sommes tellement plus encore. Il est temps reconnaître notre propre beauté, d’aller de l’avant et d’enfin explorer ce qu’on a trop longtemps délaissé, notre cœur.

Et pour toi quelles sont les choses qui méritent d’être plus explorer?


*Résultats d’une enquête de 2009 menée par l’Ifop